nov
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GILLES PICARD EN INTERVIEW*

PREMIERMOTOCROSS a posé quelques questions à Gilles PICARD, l’occasion de revenir sur son Parcours qui a commencé par le Motocross, s’est poursuivi dans les Rallyes Moto pour terminer en Auto..

Une seconde Interview de Gilles sera disponible à l’issue du Rallye..

PREMIERMOTOCROSS : Gilles, cette année tu enchaînes à nouveau avec le Dakar, sais-tu à combien d’Épreuves tu as participé à ce jour.. ?

GILLES PICARD : C’est mon 24 Ème.. J’en ai fait 8 à Moto et y participe en voiture depuis ’1993..

PREMIERMOTOCROSS : Cette année on change de continent, est-ce que cela va changer la donne.. ?

GILLES PICARD : Oui enfin déjà ce n’est pas définitif, c’est un choix que les organisateurs ont fait de changer de continent mais je pense que c’est temporaire on retournera en Afrique.. Ces deux dernières années ils ne voulaient pas prendre le risque d‘annuler deux fois de suite face à des menaces terroristes.. On m’a déjà posé la question et sur ce point je n’ai pas du tout l’impression « d’abandonner l’Afrique » comme on a pu me le dire : « oui c’est dégueulasse, vous alliez en Afrique depuis 30 ans et aujourd’hui vous les laissez tomber.. ».. L’Afrique on adore.. Déjà on apprécie voyager et je pense que c’est vraiment momentané, l’année prochaine on verra bien.. Finalement je suis très content de changer un peu, même si par rapport à l’expérience africaine que j’ai acquise, je ne pourrai sans doute pas l’utiliser intégralement sur ce nouveau terrain..

PREMIERMOTOCROSS : Quelque part tout le monde va être au même niveau..

GILLES PICARD : Oui tout à fait et je trouve ça très bien.. Avec Luc ALPHAND nous avons déjà un peu couru là-bas en ‘2006-‘2007 sur un rallye qui s’appelle « Por Las Pampas » qui se déroule au mois d’août en gagnant d’ailleurs les deux dernières éditions, donc en plus cela nous réussi plutôt bien..

PREMIERMOTOCROSS : Et au niveau de la spécificité du terrain.. ??

GILLES PICARD : On sait à peu près ce qui nous attend.. Les montagnes sont plus élevées et seront également plus nombreuses, il y aura toutefois moins de sable malgré qu’il y en ait encore pas mal, mais de toute façon ça va être un rallye super difficile.. La spéciale la plus longue fait je crois 670 kms alors c’est sûr qu’en sortant de la voiture on devrait être calmés.. Il faudra également faire attention au nombre de crevaisons avec tous les épineux qu’on va rencontrer.. Mais bon tout ça c’est sympa, le Chili au bord du pacific c’est magnifique..

PREMIERMOTOCROSS : Vous vous êtes entraînés physiquement je suppose.. ?

GILLES PICARD : Avec Mitsubishi on a trois fois une semaine d’entraînement physique dans l’année, on sort d’ailleurs d’une semaine d’entraînement physique il y a 15 jours en Bretagne à Douarnenez.. On repart début décembre dans le Jura pour une semaine.. Notre entraîneur nous fait attaquer par un footing à jeun le matin vers 7h30, ensuite on prend un petit déjeuner et on repart pour 70 bornes en VTT et différentes activités sportives.. Ce qui est sympa aussi c’est que ce sont des moments qu’on passe tous ensemble les 4 équipages, en dehors de tout contexte de course, ce qui nous rapproche encore plus..

PREMIERMOTOCROSS : Question hydratation, comment gérez-vous cela pendant la course.. ?

GILLES PICARD : Nous emportons des sortes de « Camelback » dans lequels chacun met ce qu’il veut.. Cette année plus particulièrement nous devrions souffrir de la chaleur plus que sur un Dakar en Afrique.. Là-bas ce sera vraiment le plein été alors qu’à cette même période en Afrique il ne fait pas spécialement chaud, sur un Dakar africain on commence à avoir chaud les 4 derniers jours dans le sud Mauritanien et le Sénégal, alors que là on risque d’avoir chaud tout le long.. On s’est également préparé pour l’altitude.. On devra d’ailleurs optimiser la cartographie moteur pour que celui-ci marche le mieux possible à 2 ou 3000 mètres, maintenant nous sommes tous logés à la même enseigne..

PREMIERMOTOCROSS : Vous êtes également formés au niveau mécanique je crois.. ?

GILLES PICARD : Oui tout à fait notamment lors de séances d’essais au court desquelles nous participons à des stages de mécaniques.. Généralement le soir après avoir roulé on donne un coup de main aux mécanos pour changer une boîte, un pont ou une transmission..

PREMIERMOTOCROSS : Je suppose que l’ambition du Team est à nouveau la gagne.. ?

GILLES PICARD : Oui c’est clair, tu sais sur le Dakar je crois que j’ai fait 6 fois deuxième, j’ai gagné deux fois mais j’ai horreur de faire deuxième (rires..)..

PREMIERMOTOCROSS : C’est assez paradoxal car tu as longtemps roulé en Moto comme « porteur d’eau », en voiture tu es co-Pilote, est-ce que c’est un choix délibéré ou tu aimerais dans le futur prendre le volant.. ?

GILLES PICARD : Non non.. Tu sais déjà je n’ai jamais fait de plans de carrières d’aucune sorte, ensuite je n’ai jamais été attiré par la célébrité ou à me mettre en avant plus que ça, c’est mon état d’esprit chacun, fait ce qu’il veut.. En Moto, l’opportunité qu’il m’avait été donnée de rouler dans des Teams d’Usine sur des supers Machines dans de supers conditions tout en étant payé et en pouvant vivre de cette Passion allait de paire avec le fait de partir en « second Pilote », donc voilà j’ai toujours accepté, je n’ai jamais remis ça en question et n’ai jamais été jaloux de Peterhansel, d’Auriol ou d’autres.. J’ai fait mon job du mieux possible en m’éclatant et en en vivant ce qui est fabuleux.. En fait je suis passé à la voiture un peu par hasard grâce à Hubert Auriol.. Au départ j’y suis allé « à reculons » parce que je n’étais pas trop chaud pour m’asseoir en tant que co-Pilote, ça ne me branchait pas plus que ça et c’est lui qui m’a vraiment « forcé la main » lorsqu’il a signé chez Citroën en ‘1992 et qu’il m’a dit « viens, tu vas voir c’est génial, on a une séance d’essais en Tunisie je te prends un billet d’avion tu viens trois-quatre jours et tu prendras ta décision ensuite.. ».. Donc moi j’y suis allé comme ça vraiment « à reculons » en me disant « je pense que ça va vite me gaver, bon on verra bien .. ».. J’y suis allé et j’ai complètement découvert le job de co-Pilote navigateur que je ne connaissais pas.. Je me suis retrouvé dans un Prototype absolument fabuleux à côté de mon meilleur Pote de l’époque qui était Hubert Auriol avec une armée de mécanos, d’ingénieurs à mon service, j’étais super bien payé, on s’éclatait.. Et là j’ai découvert que le job de co-Pilote ce n’était pas seulement annoncer des notes, c’était aussi la stratégie de course, tout le suivi mécanique de la voiture pendant une étape au cours de laquelle lors de certains moments tu dois checker des voyants et ça ça m’a toujours passionné parce que je suis accro à la mécanique.. En fait, c’est un travail assez complet, dans la voiture tu es constamment en train de contrôler des pressions diverses, la consommation etc.. Cela m’est arrivé de prendre le volant de la voiture en essai et je sais qu’il ne me faudrait pas longtemps pour être « Bon » mais tu sais moi je suis engagé dans un Team Usine pour mes qualités de navigateur, mes connaissances mécaniques etc donc si tu veux je n’ai aucun problème avec ça, si j’avais voulu être Pilote j’aurais fait comme « Peter’ » je me trouvais des budgets, je partais avec un Nissan de série comme lui, je me galérais sur 2-3 Dakar comme Magnaldi, Neveu et les autres Motards qui ont essayé de faire la rallye en voiture par la suite.. Mais moi je n’ai pas eu le temps de le faire en fait parce que j’ai tout de suite été enrôlé car cela faisait déjà 2-3 ans qu’Hubert me disait « arrête la Moto, tu vas voir c’est génial.. ! » et moi je lui disais « mais laisse–moi tranquille, c’est la Moto ma passion et moi je m’éclate.. ».. J’étais chez Yamaha France avec Peter’ justement à l’époque.. Et le jour où j’ai arrêté la Moto il me guettait.. Je me suis donc retrouvé à faire le Dakar ‘1993 avec Hubert sur lequel on fait troisième je crois et je me suis vraiment éclaté.. Je n’ai jamais vraiment eu le temps d’y penser de me dire « tiens je vais partir au volant.. ».. J’ai eu un contrat Citroën que m’a fait Jean TODT à l’époque avant qu’il ne parte chez Ferrari et je me suis retrouvé navigateur d’Auriol.. Par la suite, Hubert est parti organiser le Dakar, Guy Fréquelin m’a aussitôt proposé de rouler avec Ari Vatanen etc etc.. On m’a toujours proposé des contrats, je ne suis jamais allé démarcher pour rouler.. Le premier contrat chez Cagiva c’est Hubert Auriol qui est venu me chercher, je suis resté 5 ans chez eux, pour Yamaha cela s’est fait naturellement, Jean-Claude Olivier m’a appelé et je suis resté 3 ans chez les Bleus.. À la suite de l’époque Citroën, c’est Mitsubishi qui m’a appelé, le Team Manager Ulrich Breimer m’a contacté dans la foulée dès qu’il a appris que Citroën arrêtait..

PREMIERMOTOCROSS : Si aujourd’hui tu avais 20 ans et qu’on te propose un guidon en Moto, repartirais-tu sans hésiter.. ??

GILLES PICARD : Ah oui c’est clair je repartirais.. La Moto c’est ma Passion de base , j’en ai toujours 7 ou 8 dans le garage.. Je suis tombé dedans quand j’étais petit tu sais..

PREMIERMOTOCROSS : Un petit point sur l’environnement économique et la crise financière qu’on traverse, est-ce que c’est quelque chose dont on parle chez Mitsubishi.. ?

GILLES PICARD : Oui forcément.. Nous sommes directement touchés en tant que Constructeur automobile.. C’est certain qu’il va y avoir des restrictions et des coupures budgétaires.. Quand tu fais de la compétition c’est toujours un des premiers postes qui souffre..

PREMIERMOTOCROSS : Une question au sujet des applications techniques élaborées en course, y’a-t-il des applications directes chez Mitsubishi sur les modèles « grand public ».. ?

GILLES PICARD : Oui carrément.. Nous avons roulé des années avec le Pajero avec une coque renforcée, le Pajero étant devenu un 4X4 mythique.. Aujourd’hui nous roulons plus avec des voitures qui sont des sortes de buggy 4 roues motrices à châssis tubulaires mais tout le développement que l’on fait par exemple cette année avec le moteur diesel nouvelle génération est appliqué aux véhicules des clients dans les années suivantes..

PREMIERMOTOCROSS : Tu pourrais t’imaginer dans le futur dans une voiture électrique en rallye.. ??

GILLES PICARD : Ce serait triste, ce serait horrible.. Moi qui suis amoureux des bagnoles, de la course, des Motos, de l’odeur de l’huile, je serais malheureux.. Pour moi la voiture de compétition et la voiture de tous les jours sont deux choses différentes.. Ce n’est pas parce que tu vois un petit nuage sortir de l’échappement d’un camion sur le Dakar qu’il faut dire que le Dakar pollue.. Il faut faire la part de choses sinon on arrête tout et on va tous se coucher..

PREMIERMOTOCROSS : Dernière question, tu as eu tes années Moto, tu es en plein dans celles en voiture, imagines-tu à l’issue de celles-ci une autre Carrière comme Team Manager par exemple.. ?

GILLES PICARD : Non non tu sais je vais bientôt arrêter.. Il faut savoir que même en voiture c’est assez violent quand on se fait des journées de 5-6-7-8 heures, ça use.. On titube presque certaines fois en sortant du véhicule.. Je suis en fin de carrière sportive.. Je conserverai certainement quelques activités dans le domaine du rallye raid, domaine dans lequel j’ai quelques compétences..

BIO GILLES PICARD (COPILOTE)

Gilles Picard, né en France en mars 1955, a trois enfants. Il a commencé la
compétition moto enduro en 1973 et a participé à de nombreux rallyes moto, entre
1973 et 1992 comme pilote usine de Husqvarna, Cagiva et Yamaha.

Il est passé ensuite au copilotage, en étant notamment le partenaire d’Hubert Auriol
et Ari Vatanen dans le team usine Citroën. Gilles a ensuite rejoint Mitsubishi et a
débuté une association fructueuse avec le pilote français Jean-Pierre Fontenay.
L’équipage a remporté l’UAE Desert Challenge en 1998 et une victoire dans le
Dakar cette même année.

En 2000, ils ont terminé troisième dans les rallyes Dakar, du Maroc et Por Las
Pampas et quatrième à Dubaï. Des places sur le podium ont suivi dans la Baja Italie
2003 et l’UAE Desert Challenge et une excellente seconde place au général du
Dakar 2003.

Lorsque Jean-Pierre Fontenay s’est retiré de la compétition après le Dakar 2003,
Gilles s’est associé à Hiroshi Masuoka pour s’emparer de la victoire dans la Baja
Italie 2003 et de la deuxième place au général dans le Dakar en janvier 2004. Il fait
équipe avec Luc Alphand depuis le Dakar 2005, et a terminé deuxième, avant de
gagner le Rallye de Tunisie en avril et la Baja Portalegre au Portugal en Octobre.

Les temps forts de sa carrière :

1973 : Il a commencé à participé au Championnat de France de Trial et
d’Enduro.

1973-1992 : Il a participé à tous les Rallyes de la Coupe du monde, dans la
catégorie moto. Pilote officiel Husqvarna, avant de rejoindre le team
Cagiva avec Hubert Auriol puis le team usine Yamaha avec Stéphane Peterhansel.

1993-1996 : Copilote d’Hubert Auriol puis du Finlandais Ari Vatanen, en tant que
membre du team raid Citroën

1998 : 1er au général du Dakar avec Jean-Pierre Fontenay sur Mitsubishi
1er au général, UAE Desert Challenge avec Jean-Pierre Fontenay

1999 : 1er au général, Baja Italie avec Kenjiro Shinozuka

2000 : 3ème au général du Dakar avec Jean-Pierre Fontenay
3ème au général, Rallye du Maroc avec Jean-Pierre Fontenay
3ème au général, Rallye Por Las Pampas avec Jean-Pierre Fontenay
4ème au général, UAE Desert Challenge avec Jean-Pierre Fontenay

2002 : 4ème au général du Dakar avec Jean-Pierre Fontenay
3ème au général, Baja Italie avec Kenjiro Shinozuka
2ème au général, UAE Desert Challenge avec Jean-Pierre Fontenay

2003 : 2ème au général du Dakar avec Jean-Pierre Fontenay
1er au général, Baja Italie avec Hiroshi Masuoka

2004 : 2ème au général du Dakar avec Hiroshi Masuoka

2005 : 2ème au général du Dakar avec Luc Alphand
1er au général du Rallye de Tunisie avec Luc Alphand
1er au général de la Baja Anta Da Serra 500-Portalegre avec Luc Alphand

(Texte : CopyRight Exclusif PREMIERMOTOCROSS.Com ’2008 & Mitsubishi Presse, Photo : Mitsubishi)

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